Série PEA & PEA-PME (4/10): Comment construire votre portefeuille PEA de façon optimale, les 10 règles d’or

Pour bien suivre la méthodologie décrite dans cet article, nous vous invitons à télécharger gratuitement le fichier Google Sheet ci-dessous ou dans la section téléchargement. Ce fichier vous permettra de suivre pas à pas nos critères de sélection pour définir notre portefeuille Plan Epargne Action (PEA) idéal. Pour rappel ce portefeuille correspond à nos objectifs d’investissements personnels et ne constitue pas une recommandation. Vous devez investir selon vos objectifs propres et les niveaux de risque avec lesquels vous êtes confortables.

    Le principe de base de la méthodologie décrite ici est d’acheter des sociétés pour du très long terme. C’est à dire un horizon d’investissement supérieur à 10 ans. 

    La logique d’investissement retenue ici est assez proche conceptuellement de celle utilisée par Warren Buffet. Il ne s’agit absolument pas de faire du trading de façon active, bien au contraire. Une chose est absolument claire : votre espérance de rendement avec du trading actif sur la durée par rapport à un indice boursier est statistiquement négative. Il faut donc s’employer à sélectionner de façon très rationnelle avec des convictions strictes, les sociétés dans lesquels vous souhaitez investir. A noter que vous ne devez pas avoir d’attachement sentimental à une valeur en portefeuille.

    Investir dans les sociétés du CAC40 pour votre PEA

    Pour votre PEA, nous recommandons de se focaliser sur les sociétés du CAC40 c’est a dire les fleurons de l’économie française. Vous investirez ainsi dans les sociétés les plus liquides (i.e. dont les actions s’échangent le plus facilement pour faire simple) et a priori les plus solides (toutes ne le sont pas mais admettons que la proportion est plus importante que dans les plus petites capitalisations). 

    Un nombre de sociétés limité pour constituer votre portefeuille PEA

    En poursuivant notre logique, nous en sommes à vouloir investir dans les sociétés du CAC40. Bien souvent on entend qu’un bon portefeuille financier est un portefeuille diversifié mais comme le disait Warren Buffet, acheter l’intégralité des sociétés du CAC 40 serait une alternative à notre ignorance devant notre incapacité à choisir les actions présentant le meilleur potentiel. Nous allons donc dans les paragraphes suivants décrire la logique pour construire notre portefeuille comportant 5 à 10 valeurs maximum.

    Ne pas acheter les sociétés du CAC40 pour lesquelles on ne perçoit pas 100% du dividendes dans votre PEA

    Comme discuté précédemment l’objectif est de créer un portefeuille pouvant prétendre à percevoir 100% des dividendes. Il faut donc filtrer au préalable les sociétés du CAC 40 pour lesquelles un investisseur français ne perçoit pas 100% des dividendes. Il s’agit de sociétés n’ayant pas leur siège social en France mais dans un autre pays européen. La liste des sociétés concernées sont les suivantes : Airbus (Hollande), ArcelorMittal (Luxembourg), STMicro (Suisse). Il est important de rappeler ici un principe essentiel:

    Ne jamais faire un investissement quel qu’il soit pour une raison fiscale.

    Mais la gestion fiscale est importante lorsque vous avez le choix entre plusieurs options équivalentes.

    N’acheter dans votre PEA aucune société dans laquelle l’État est actionnaire

    L’État Français se distingue depuis des décennies dans son incapacité à gérer ses dépenses comme le montrent les déficits successifs d’années en années et le montant effrayant de la dette du pays. C’est donc tout logiquement que nous n’avons aucune envie d’avoir l’Etat à nos côtés en tant qu’actionnaire. L’État actionnaire fera toujours tout pour servir ses intérêts et non les vôtres. L’indépendance actionnariale étatique d’une société est une condition essentielle pour la bonne santé d’un portefeuille boursier. 

    Voici donc la liste des entreprises du CAC40 dans lesquelles l’État est actionnaire et qu’il faut donc éviter d’acheter: Renault (15,01%), Engie (24,1%), Airbus (Re! 11,1%), Orange (13,4%), Safran (13,2%), Thales (25,7%). 

    Par extension du principe établi dans ce paragraphe, il ne faut jamais acheter une société dont la rentabilité dépend des subventions étatiques.

    N’acheter aucune banque Française dans votre PEA

    Le système bancaire européen est malade, très malade. Incapable de se reformer, sous perfusion permanente de la BCE et mourant à petit feu du fait des taux négatifs et de nombreux autres problèmes. La crise du coronavirus ne fera qu’amplifier cette lente agonie de notre système bancaire. L’indice bancaire européen, le SX7E est à l’heure où j’écris ces lignes à son plus bas historique comme le montre le graphique ci-dessous.

    Evolution de l'indice bancaire Eurostoxx SX7E

    La courbe bleue (Price Return) correspond à l’indice sans les dividendes
    La courbe rouge (Net Return) correspond à l’indice avec les dividendes net réinvestis
    L’indice bancaire Eurostoxx est composé des principales banques de la zone Euro

    Lorsque le gouvernement français a demandé aux banques de ne pas payer de dividendes en 2020, elles se sont exécutées sans sourciller, sans même en être actionnaire. C’est pour nous un message très fort et nous ne serions pas surpris qu’à terme nous nous dirigions vers une nationalisation des banques pour assurer leur sauvetage. Le système bancaire européen, va selon nous, connaître de très profonds changements dans les années à venir et il faut surtout s’en tenir à l’écart. Pour avoir travaillé de nombreuses années dans les banques, j’ai vu ces sociétés de l’intérieur et cela ne fait que renforcer ma conviction sur le fait de ne pas investir dans ces dernières.

    Ne pas investir dans le secteur automobile

    Tout comme le secteur bancaire, le secteur automobile en Europe et de surcroît en France ne va pas bien. De nombreuses raisons à cela notamment les lubies gouvernementales à géométrie variable. Par exemple, on favorise tout d’abord le diesel en faisant croire à tout le monde que c’est très bien, puis d’un seul coup cela devient une technologie qu’il faut arrêter car c’est mal pour l’environnement, rendant des années d’investissements sans aucune valeur ou presque. Également, la concurrence farouche des autres constructeurs mondiaux qui ont de sérieuses longueurs d’avance dans les voitures de demain.

    On peut également citer le développement de l’auto-partage ou d’Uber. Ces nouvelles tendances font perdre chaque jour un peu plus l’intérêt que chacun peut avoir à acheter une voiture notamment pour la population citadine. C’est un secteur dans lequel nous ne voyons aucune raison rationnelle d’investir car les perspectives de croissance sont très sombres.

    Diversifier en devise et en zone géographique votre portefeuille PEA

    Il y a de très grandes chances que si vous lisez cet article vous soyez résident Français avec la majeure partie de votre patrimoine en France et en euro. Ceci me semble quelque chose de relativement risqué. Apporter de la diversification géographique et en devise me semble donc un point très important.

    Comment faire me direz-vous en achetant dans un PEA uniquement des sociétés Françaises?

    Et bien en analysant la répartition géographique du chiffre d’affaires des sociétés. Les perspectives de croissance de la France ou même de l’Europe sont très faibles en comparaison des perspectives de croissance en Asie ou même des Etats Unis. Si vous souhaitez que votre portefeuille actions profite de ces zones où la croissance est supérieure alors il faut que les sociétés dans lesquelles vous investissez réalisent une part substantielle de leur chiffre d’affaires dans ces zones géographiques. Cela vous permettra donc d’obtenir une diversification géographique et en devise au sein de votre portefeuille. Vous diminuez ainsi votre risque par rapport à l’euro et augmentez vos perspectives de rendement. Vous pouvez donc filtrer et garder les sociétés qui réalisent plus de 50% de leur chiffre d’affaires en dehors d’Europe.

    Un management stable et investi dans son entreprise comme critère d’investissement

    L’alignement des intérêts est une condition essentielle lorsqu’il s’agit d’investir. Notamment lorsque l’on doit sélectionner les sociétés pour son portefeuille. Un management stable idéalement familial avec une large part de la rémunération et du patrimoine du dirigeant lié directement à la performance de son entreprise est la meilleure garantie pour s’assurer de sa loyauté et de son dévouement dans ses décisions managériales. Le corollaire est donc qu’il faut fuir les entreprises ayant un management grassement payé sans que cela ne soit corrélé avec les performances de l’entreprise (typiquement un salaire fixe important) et qui possède peu d’actions de l’entreprise ou que cela représente une partie infime de son patrimoine total.

    Une diversification sectorielle pour votre portefeuille PEA

    Arrivé à cette étape un grand ménage a déjà été opéré dans la liste initiale. Il est maintenant intéressant d’analyser la répartition sectorielle des valeurs restantes dans le but d’équilibrer notre liste finale. Equilibrer les montants investis par secteurs peut être une stratégie intéressante. Car vous diversifiez le risque sectoriel et donc conjoncturel tout en concentrant votre portefeuille dans un nombre réduit de sociétés. Ces sociétés sont elles mêmes leader dans leur domaine. C’est le choix que nous faisons dans notre portefeuille PEA.

    A noter que conformément à ce qui a été dit précédemment, certains secteurs ne seront pas représentés. Notamment :

    • la Finance et Sociétés du secteur financier,
    • L’immobilier car nous préférons investir en direct pour ce secteur dans un souci d’optimisation,
    • Les services aux collectivités pour leur exposition trop importante à la France et à l’actionnariat étatique.

    Dans l’article bonus 3 de cette série PEA vous saurez pourquoi nous avons ajusté notre méthodologie pour le secteur de l’énergie. (ie: le score myAI calculé pour chaque actions du CAC40 que vous trouverez dans le fichier).

    Pour information, voici ci-dessous la répartition sectorielle du CAC40 (avec equi-pondération de chaque sociétés).Répartition sectorielle du CAC40 avec équi-pondération de chaque sociétés

    Et enfin, voici la répartition sectorielle de notre portefeuille cible avec pondération réelle.

    Répartition sectorielle de notre portefeuille PEA cible selon MyAlternativeInvestor

    Pour aller plus loin dans la construction de votre portefeuille PEA

    Après avoir trié les sociétés du CAC40 au travers de ces différents filtres vous pouvez affiner encore vos choix. Notamment en analysant si les entreprises restantes sont des leader mondiaux dans leur secteur. Ou encore si la structure de leur bilan est saine. C’est cette dernière étape qui nous permet d’affecter la pondération finale sur chaque ligne de notre portefeuille pour notre PEA. Vous pourrez découvrir notre portefeuille cible dans le fichier Google Sheet que vous pouvez télécharger.  

    Doit-on prendre le rendement du dividende comme critère de sélection d’une société pour son PEA?

    Vous pourriez vous interroger pour savoir pourquoi nous ne prenons pas en considération le rendement du dividende dans nos critères. La réponse est toute simple. Nous investissons avant tout dans les sociétés dans lesquelles nous avons confiance en le management et en le conseil d’administration. Nous croyons en ces sociétés. Si ces sociétés choisissent de payer moins de dividendes certaines années afin d’investir plus pour leur développement futur ou pour d’autres raisons stratégiques ce sera leur choix et ils le feront dans l’intérêt de nous autres actionnaires. C’est notre conviction! Si ces choix sont judicieux alors ces sociétés continueront de prospérer plus rapidement que les autres et les dividendes progresseront dans le futur.

    Nous privilégions une perspective de croissance de l’entreprise à long terme (et donc très probablement une croissance des dividendes) plutôt qu’un rendement de dividende instantané important qui est une information assez peu pertinente.

    Et le PER (Price Earning Ratio)?

    Il s’agit du ratio boursier correspondant au rapport entre la valeur en Bourse d’une entreprise et ses profits. Nous pourrions être tenté d’utiliser cet indicateur. Mais hélas dans la période que nous traversons actuellement et à l’heure où j’écris ces lignes (Mai 2020), les profits futurs des entreprises sont beaucoup trop incertains pour que ce ratio ait une quelconque pertinence dans nos choix. Un ratio très élevé indique une valorisation élevée et inversement.

    Performance historique de notre portefeuille PEA

    La performance historique du portefeuille PEA que nous avons construit selon la méthodologie décrite dans cet article est remarquable. Voici ci-dessous les rendements comparatifs (en date d’avril 2021) de ce portefeuille par rapport à des indices de référence (CAC40, S&P500, MSCI World). La performance est calculée avec le réinvestissement des dividendes.

    Que ce soit sur 5 ans, 10 ans ou 20 ans, ce portefeuille montre une performance proche voire supérieure aux indices de référence notamment sur le long terme (20 ans). Un tel comparatif peut certes être discuté car cela supposerait de maintenir la pondération cible constante dans le temps. En théorie, il serait plus pertinent de privilégier un rééquilibrage trimestriel voire annuel pour limiter les frais de transaction. 

    Beaucoup d’investisseurs s’orientent vers les ETF pour investir dans leur PEA. Il faut savoir que les performances ainsi affichées des indices S&P500 et MSCI World seront dégradées de l’ordre de 1% annuel. Cela représente plus de 10% de performance en moins sur le long terme pour diverses raisons (fiscalité des dividendes par exemple). Nous avons écrit deux articles complets et techniques dédiés aux ETF qui vous expliquent les frais et risques cachés.

    Rendement portefeuille PEA

    Les pondérations du portefeuille  ainsi que les autres données mentionnées dans cet article figurent dans le fichier portefeuille PEA que vous pouvez recevoir par email. Pour être encore plus précis dans ce tableau comparatif il faudrait idéalement intégrer l’effet taux de change EUR / USD pour être iso devise.

    Les performances passées ne garantissent en rien des performances futures. Cependant notre conviction est la suivante:

    Un tel portefeuille diversifié sectoriellement de sociétés leaders dans leur domaine avec un chiffre d’affaires diversifié à l’international montre une résilience proche voire supérieure sur le long terme aux grands indices boursiers.

    Investir en direct sur chaque action de ce portefeuille 100% français limite les frottements fiscaux sur les dividendes. Il présente même d’autres avantages susceptibles d’augmenter encore le rendement grâce au passage au nominatif.

    Quel risque pour ce portefeuille PEA?

    Un aspect très rarement abordé dans la vulgarisation des sujets financiers est la notion de risque associé à un portefeuille. En effet, présenter un portefeuille sans lui associer un risque ne fait pas de sens mathématiquement parlant. Afin de comparer deux portefeuilles il est nécessaire de les “normaliser” par rapport à un indice de risque.

    Dans cet article, nous nous limiterons à un indicateur de risque simple, à savoir le “béta” du portefeuille PEA. Cette mesure de risque n’est pas parfaite mais nous donne une bonne indication. Comme indiqué dans le fichier, la valeur du béta calculé sur 5 ans du portefeuille est de 0,65. Cela signifie que ce portefeuille PEA est par construction moins risqué que le marché dans son ensemble (car inférieur à 1). 

    Le couple risque / rendement de ce portefeuille PEA est donc particulièrement intéressant.

    Nous développerons dans un article dédié ces notions de risques liés à un portefeuille boursier et comment les mesurer.

    Conclusion

    Vous savez maintenant à quoi ressemble le portefeuille idéal selon nos critères pour un PEA. Avec ces valeurs en portefeuille, nous dormons sereinement. Même si lors d’une crise très grave nous perdons 50% cela ne nous affectera pas émotionnellement car nous avons entièrement confiance sur la résilience de ces sociétés sur le long terme. 

    Dans l’article suivant nous vous décrivons la démarche à suivre pour construire votre portefeuille PEA PME et choisir de façon efficiente les sociétés dans lesquelles investir.

      Franck Béon

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