Les origines de Bitcoin

D’où vient le Bitcoin? – Bitcoin n’est pas apparu dans un vide mais est le fruit de nombreuses années de recherche. Notamment dans le domaine de la cryptographie mais aussi de tentatives infructueuses. Comme l’immense majorité des innovations, Bitcoin est une combinaison astucieuse de technologies existantes. Nous allons voire dans cet article quelques unes de ces avancées qui ont permis l’émergence de cette nouvelle monnaie.

Le concept du Bitcoin, une idée qui remonte aux origines d’Internet

Nous pouvons remonter les premiers temps de la cryptographie moderne à cette année charnière de 1976. Date à laquelle Diffie et Hellman publient leur travail sur le chiffrement par clé publique (1976). On peut considérer que c’est à cet instant que ces techniques sortent des prérogatives des Etats et entrent dans le domaine publique.

Ces nouvelles techniques mettront cependant des années avant d’atteindre un large public. 

Dans les années 1980, David Chaum théorise sur les systèmes de réputation ainsi que sur des systèmes de paiement digitaux (Publications David Chaum).

Dix ans plus tard, il fonda la société DigiCash. Cette société est spécialisée dans les systèmes de paiement et les monnaies numériques et porteur du projet eCash. Malgré de nombreux intérêts de la part des banques et de géants de l’époque comme Microsoft, aucun de ces deals ne furent finalisés et l’entreprise périclita. Comme souvent en entrepreneuriat, bien plus important que l’idée, c’est l’exécution qui fera la différence!

Les cypherpunks

Au cours de la même période, Eric Hughes, Tim May et John Gilmore commencent une série de réunions mensuelles pour discuter des problématiques de chiffrement. Ce groupe prendra le nom de Cypherpunk. En référence à “cypher” qui veut dire chiffrement et aux cyberpunks. Tous ces précurseurs étaient conscients des dangers de la surveillance au sein d’une société numérique. Et surtout du pouvoir que ces outils donnent à ceux capables de les contrôler. 

Ce mouvement s’étendra rapidement sous une forme de mailing list pour atteindre plusieurs centaines de participants. Les discussions portent sur des problèmes mathématiques, de chiffrement ou entrant dans des débats politiques et philosophiques.

Le manifesto ou code d’honneur des cypherpunks

Les principes de base de ce groupe sont regroupés dans le manifeste d’un cypherpunk écrit par Eric Hughes. Dans ce court texte, il explique notamment que la vie privée représente le pouvoir de se dévoiler au monde de manière sélective.

Privacy is the power to selectively reveal oneself to the world

Ce papier montre l’importance de la vie privée dans une société numérique dans laquelle toutes nos actions peuvent être connues de tout le monde et enregistrées pour toujours.

Il exprime notamment ce sophisme terrifiant de naïveté

Je n’ai rien à cacher

Cette idée fausse que la vie privée concerne le fait de cacher quelque chose de mauvais. Il n’en ait rien. il s’agit de protéger son intimité de la même manière que vous avez des rideaux chez vous ou que vous n’accepteriez pas une caméra de surveillance dans votre chambre à coucher.

L’impact de ce groupe fut considérable. Si vous pouvez réaliser des transactions en ligne aujourd’hui c’est en grande partie grâce à eux. La lecture de leurs écrits est passionnante. Il est difficile de ne pas être subjugué par l’intelligence de leurs prédictions.

La menace prend forme

L’essor d’Internet au début des années 1990 était largement freiné par les gouvernements qui y voyaient un outil dangereux car hors de leur contrôle. Deux cas célèbres illustrent l’ échec des tentatives des Etats. D’abord celui de Phil Zimmerman qui publia le logiciel PGP (Pretty Good Privacy). Ce logiciel permettait de chiffrer emails et fichiers avec une sécurité équivalente à celle utilisée par l’armée. Ceci n’était pas du goût du gouvernement américain qui poursuivra l’auteur pour exportation d’armes sans licence. Oui, à cette époque, les logiciels de chiffrement étaient considérés comme des armes et soumis à un contrôle strict. Un peu comme si on vous obligeait à utiliser des enveloppes transparentes pour vos courriers. Ou plutôt des enveloppes dont seuls les gouvernements pourraient lire le contenu.

Liberté d’expression et constitution américaine

Une des méthodes qui permit à Phil Zimmerman de vaincre l’Etat fut de publier dans un livre, l’intégralité du code source de son logiciel. Un cas équivalent avait été gagné quelques années auparavant. Cela permit de donner au code informatique une protection équivalente à la liberté d’expression protégée par le 1er amendement de la constitution américaine.

L’autre cas emblématique fut la volonté par le gouvernement américain d’imposer l’utilisation d’un processeur dédié au chiffrement et développé par la NSA (la toute puissante agence de renseignement électronique Américaine). et s’appliquerait pour tous les systèmes de transmission de données et de voix. Ce chipset spécialisé avait la caractéristique de contenir une porte dérobée (backdoor en anglais). Ce qui permettait au gouvernement américain de déchiffrer et donc d’écouter les communications des utilisateurs comme bon leur semblait (Lien Wiki Clipper Chip). 

Il n’a cependant fallu que quelques mois à un chercheur pour hacker le système et montrer son extrême vulnérabilité. Si le système avait été mis en place, tout le monde aurait pu écouter les communications. Suite à ces échecs cuisants et humiliants, le gouvernement laissa tomber l’idée et laissa ainsi l’économie électronique croître. 

Voici ainsi les fondations qui ont permis l’émergence de systèmes de paiement en ligne. Les logiciels libres et leur reconnaissance comme moyen d’expression et des activistes conscients des dangers que représentent le contrôle de la vie numérique.

Les innovations s’accumulent

L’histoire s’accélère à la fin des années 1990. La première tentative fut celle d’Adam Back en 1997 avec HashCash. Ce système n’est pas un système de monnaie numérique mais une manière astucieuse d’éviter les attaques de spam par email en utilisant une preuve de travail. Cette idée s’avèrera centrale dans la conception de Bitcoin.

En 1998, Wei Dai propose b-money. L’idée est de créer un livre de compte partagé entre différents utilisateurs et non plus un registre centralisé comme partout ailleurs. A chaque fois qu’une transaction a lieu, les participants ajustent la copie de leur livre de compte. Ce principe décentralisé assure une certaine résistance au blocage des transactions par un utilisateur en particulier. Chaque transaction est signée par son émetteur et diffusée à l’ensemble du réseau pour vérification.

le problème de double dépense

Cependant, ce système souffrait d’un défaut rédhibitoire. Impossible de savoir suffisamment rapidement si l’argent que vous veniez de recevoir n’avait pas été déjà dépensé (le problème de double dépense).

B-money esquisse déjà les contours de Bitcoin mais quelques innovations supplémentaires vont devoir émerger afin de compléter le tableau.

Parmi celles ci, le principe des preuves de travail réutilisables par Hal Finney en 2004. Ce principe utilise les idées d’Adam Back pour créer un token numérique unique.

Enfin Nick Szabo propose Bit Gold en 2005, la version de monnaie électronique la plus proche de Bitcoin. L’idée était d’établir un système bancaire libre répliquant les caractéristique de l’étalon or. Parmi, les idées nouvelles, celle de l’utilisation de la preuve de travail pour l’émission des nouveaux tokens (ce que l’on appellera mining ou minage). Il utilisera aussi un algorithme de consensus permettant au registre d’être suffisamment résistant en cas d’attaques d’utilisateurs malhonnêtes.

Cependant, ce projet ne sera jamais implémenté.

Quelques années plus tard, en 2008, Satoshi Nakamoto se servira de nombreuses idées présentes dans Bit Gold pour créer Bitcoin

Conclusion

Bitcoin est donc comme une recette de cuisine. Les ingrédients étaient connus mais il aura fallu le génie de Satoshi Nakamoto pour les combiner d’une manière unique et créer ainsi une innovation qui changera certainement le monde.

Loin d’être une arnaque, bitcoin est ainsi une avancée technologique majeure qui rend enfin possible l’établissement d’un système monétaire solide dans un monde numérique. 

Nous reviendrons dans de prochains articles sur les différents aspects techniques qui font la spécificité de Bitcoin. Nous étudierons également un des principaux articles de Nick Szabo sur les origines de la monnaie (Origines de la Monnaie – Nick Szabo).

Paul

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